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FRANCE - TIBET
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Monastères truffés de caméras et de micros, policiers chinois déguisés en moines, moines fonctionnaires payés par le gouvernement chinois, sherpas qui dénoncent, pour quelques
yuan, leurs voisins tibétains candidats à l'exil, adolescents tibétains qui s'enrôlent dans l'armée chinoise …
Après les fondations même de l'occident et ses tours de Babel, c'est le Toit du Monde qui s'écroule.
Carnet de route de François-Xavier PREVOT qui, après avoir longtemps rêvé du Tibet, de ses montagnes et de sa spiritualité, a décidé d'y partir seul, à l'aventure, un simple
billet "aller" en poche.
Récit de deux mois de voyage...
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BUSINESS IN TIBET "97% des tibétains ignorent tout de la situation réelle de leur pays, de sa culture et de ses traditions. Certains croient même que le Dalaï-Lama est mort", m'affirme Konchok, un des nombreux
"trekking-guides" tibétains, liens indispensables entre touristes en quête de pseudo-spiritualité, agences de voyages gouvernementales corrompues et administration chinoise paranoïaque. Oubliés, mantras, malas et moulins à prière. Le seul vrai Maître ici, c'est Saint-Yuan, l'unique monnaie chinoise. |
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BIG BROTHER AU PAYS DES NEIGES ETERNELLES Lhassa, Potala Palace, ancienne résidence de Sa Sainteté le 14° Dalaï-Lama. Tarif de l'entrée : 70
francs. Les touristes du monde entier, devancés par leurs guides, se pressent dans les couloirs sombres et étroits du monument sacré le plus visité du Tibet. Quelqu'un, derrière vous, ne manque jamais de vous bousculer, le regard méprisant, pour vous passer devant. Il s'agit bien sûr d'un chinois qui a vite fait de vous faire comprendre qu'il est ici chez lui et que l'envahisseur, c'est vous !
A gauche : photos (interdites) des offrandes dans l'ancienne baignoire et le divan du Dalai Lama au Norbulinka. Lorsqu'ils sont trop pleins, l'argent finit dans la poche... des chinois. |
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150 EUROS... LA VIE D'UN TIBETAIN
Neuf heures du matin, Tingri, sud du Tibet, 4.400 mètres d'altitude. Une demi-journée de jeep du premier camp de base de l'Everest, à 5.200 mètres. Moins de 3 degrés et le vent polaire de l'Himalaya qui vous transperce déjà le corps et l'âme. Quelques soldats chinois entrent se réchauffer dans le restaurant "Guest House" le plus fréquenté de cette ville-dortoir, la plupart du temps pour y jouer aux cartes et miser de l'argent par liasses entières. Tout en mangeant des "momos" ou des "noodles" (soupe de vermicelles), on se croirait revenu en France sous l'occupation allemande. Sur les murs noirs de suie, une affiche au papier glacé, écrite en anglais, symbole à elle seule du mensonge et de la manipulation chinoise: "1951-2001 : 50 ans de libération pacifique du Tibet". Après quelques verres de thé salé au beurre de yak, les confidences matinales sur ton feutré commencent. Konchok, guide tibétain qui a passé, comme beaucoup, plus d'un an dans les prisons chinoises, accepte enfin de me traduire une fois les soldats repartis. Tout le monde ici semble fermer les yeux sur de telles atrocités car nul ne veut finir en prison et préfère oublier, le soir venu, en regardant des vidéos chinoises de Jacky Chan ou d'improbables soaps genre "Côte-Ouest" version indienne. Au petit matin, dans le Tibet dévasté, ce ne sont que villes-fantômes, poussière et désolation. Entre 4.500 et plus de 5.000 mètres d'altitude, perchés sur les plus hautes montagnes du monde, seuls subsistent quelques villages de " vrais " paysans tibétains, regards profonds et sourire toujours lumineux, entourés de monastères dynamités ou détruits à coups de bazookas par l'envahisseur. Seule note de poésie : entre les pierres sans âge des ruines rongées par le froid et l'altitude, contre vents et marées, poussent, silencieux, des bouquets de jolies petites fleurs bleues, des myosotis, dont le nom anglais est : "forget me not..." (ne m'oubliez pas...) |
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Partout ailleurs, la misère. Partout, des centaines d'enfants livrés à eux-mêmes portant le petit dernier sur le dos, pieds nus, noirs de poussière, les yeux rouges brûlés par le soleil, qui vous tirent le bras et vous implorent, espérant quelques yuans. Vous voulez qu'un Tibétain mondialement connu, auteur d'un livre à succès et proche de Sa Sainteté prie pour votre grand-mère, même morte il y a plus de cent ans ? Dalaï-Lama, reviens vite, ils sont tous devenus fous. |
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HEUREUSEMENT, LE TIBET C'EST AUSSI : · Oser lancer un
défi à cheval aux nomades des hauts plateaux et s'arrêter enfin,
transi, haletant et heureux dans un village à 4.800 mètres
d'altitude pour boire du "tchang" toute la nuit. |
N'ATTENDONS PLUS D'ÊTRE VAINCUS POUR CHANGER
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Le hasard n'existe pas. Les raisons de l'invasion du Tibet par la Chine ne sont pas le fruit d'une quelconque injustice divine, mais bien le résultat de plusieurs facteurs qui s'additionnent.
Politiques et historiques, d'abord : le Tibet, n'a-t-il pas, lui aussi, annexé dans le passé une partie de la Chine ? N'est-il pas écrit que chacun de nous récolte ce qu'il sème ?
Stratégique, ensuite : qui s'approprie le Toit du Monde espère bien dominer le monde.
Economiques, enfin : déforestation massive, exploitation à grande échelle des ressources pétrolières avec la construction d'un pipe-line de 4.200 km reliant la Chine au Tibet (cautionné en partie par BP), du lithium et de l'uranium - le Tibet est en passe de devenir la poubelle à déchets nucléaires de la Chine, polluant en même temps
quelques-uns des plus grands fleuves de la planète, qui prennent leur source en Himalaya (Indus, Gange, Brahmapoutre), menaçant ainsi tout ou partie de l'Asie.
Mais au delà des causes tangibles de cette invasion et de cette gigantesque catastrophe écologique passée sous silence, il en est une autre (moins connue sans doute) tant symbolique qu'humaine et spirituelle : la fermeture trop longue du Tibet sur le reste du monde.
En effet, qui se ferme prétend se protéger. Mais qui se protège s'enferme et se sépare. Et qui se sépare est, à terme, condamné à souffrir et à mourir.
Le peuple tibétain en fait plus que jamais encore l'intolérable et insupportable expérience, lui qui, fort d'un passé qui se perd dans la mémoire du temps, ne s'est ouvert officiellement au monde qu'au début des années 80 pour préserver, coûte que coûte, son patrimoine et ses traditions multi-millénaires.
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Les Chinois n'ont pas pris la peine de frapper doucement à la porte : ils l'ont fracassé et mis en marche un génocide de plus.
Or, ce qui est vrai pour un peuple l'est aussi pour chacun d'entre nous, puisque c'est nous qui faisons les peuples. Il vaut mieux, comme toujours, prévenir que guérir : si nous n'allons pas de nous-même vers le changement, tôt ou tard, le changement ira à nous, brutal, implacable.
N'attendons donc plus d'être vaincus pour changer : tirons individuellement et collectivement la leçon de la trop cruelle et épouvantable expérience tibétaine, en nous ouvrant chaque jour d'avantage aux autres et au monde qui nous entoure. Et continuons d'œuvrer concrètement pour la libération et la survie du Pays des Neiges (aidons les Tibétains au Tibet en allant sur place, conformément aux injonctions du Dalaï-Lama). En aidant l'autre, nous nous aidons nous-même, nous qui, au-delà des apparences, sommes tous reliés les uns aux autres.
L'ouverture contrainte du Tibet sur l'Occident illumine aussi un autre de nos manques passés : la tyrannie du mental sur le cœur. L'Orient, symbole du cœur et l'Occident, symbole de la tête, doivent marcher aujourd'hui main dans la main pour pouvoir collaborer et évoluer enfin vers l'humanité de demain.
Ouvrir son cœur et son esprit est tellement plus naturel que les fermer...
S'ouvrir, c'est bannir peu à peu toutes nos peurs pour redevenir libre : peur du microbe (cette peur de l'autre), de la souffrance, de la maladie, peur de manquer, de l'inconnu, de la vieillesse et de la mort.
S'ouvrir pour s'enrichir, s'ouvrir pour apprendre à recevoir, s'ouvrir pour se relier ou s'ouvrir pour renaître à la vie, c'est un fait : le 21° siècle se fera par l'ouverture aux autres ou ne se fera pas.
Texte et photos transmis par François-Xavier PREVOT. Mis en ligne en Juillet 2002.
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